Episode 8

Mai 2009, retour à la maison : rêve ou cauchemar ?

Je suis surexcitée, j’en avais tant rêvé.

Avant de partir, grande réunion au sommet autour de moi : tous les médecins qui s’étaient occupés de moi me convoquent à une réunion pour

  • Faire un bilan de mon état du moment (état fragile)
  • Me mettre en garde pour l’avenir (vous ne serez jamais la même, vous ne récupèrerez jamais tout, méfiez-vous des crises d’épilepsie)
  • Me donner des conseils (Reposez-vous surtout, méfiez-vous de vos oublis, soyez vigilante, ne foncez pas, prenez soin de vous : vous ne retrouverez jamais votre vie d’avant)

 

Je suis super impressionnée… je me retrouve face à une dizaine de personnes qui, en gros m’annoncent qu’ils considèrent

  • Que j’ai récupérée suffisamment pour envisager une vie autonome en tout cas, une liberté conditionnelle avec un suivi quotidien en hôpital de jour. Une ambulance (qui doit m’amener à l’hôpital Raymond POINCARE pour faire ma rééducation en Orthophonie, ergothérapie et kinésithérapie) vient me prendre à la maison à 8h30 et me raccompagne l’après midi à 17H
  • moi, qui suis une optimiste de nature, j’entend : « c’est merveilleux, je retrouve ma liberté et la vie recommence là ou elle s’était arrêtée »

 

J’ai juste zappé : Liberté certes, mais au prix d’énormes efforts et un acharnement quotidien pour prétendre à une vie décente tout en gérant 3 enfants au quotidien !

 

En revenant chez moi, je prend conscience « du reset » complet auquel je dois procéder pour retrouver un semblant de vie de princesse.

  • je ne sais plus conduire, j’ai très peur et je dois repasser le code et la conduite
  • je suis incapable de faire un repas

(Avant, j’adorais çà, il ne me me restait qu’une chose : j’ai toujours le même plaisir à faire plaisir aux autres et là particulièrement à mes enfants, sauf que j’ai oublié comment faire : je ne me rappelle plus comment cuisiner, je m’en rend compte et çà me traumatise)

  • Je suis incapable de m‘organiser
  • Je ne peux pas être en double tâche
  • J’ai un déficit d’attention incroyable : on a l’impression que je me fous de tout, mais pas du tout, je suis parfaitement consciente de ce handicap…
  • Je suis incapable de me concentrer
  • J’ai le syndrome frontal : je me mets en danger en m’énervant (je fais de grosses bêtises) car je reste totalement inconsciente du danger.

 

L’épisode de la cuisine en est un parmi tout le reste… tout ce que je fais au quotidien est ré-apprentissage, comme un bébé.

En fait, c’est çà … Je suis comme un bébé face au choses : le même étonnement, la même fragilité (aussi bien morale que physique), la même candeur, naïveté et inconscience …

Mais quelque chose à changé radicalement : on appelle çà un plus… ou… un moins, ca dépend des moments :

  • Une hyperémotivité, je pleure et ris super facilement (même mes enfants se moquent de moi, de mon coté « Alice au pays des merveilles »
  • Une fatigabilité extrême en fin de journée particulièrement (il n’y a plus de son ni image)
  • Aucun sens de l’orientation (avant mon accident, c’était déjà pas ca, mais là, je peux me perdre partout. Et çà me rend dingue…
  • J’ai des réactions physiques parfois incompréhensibles : le coté gauche avec des fourmis en me levant, les veines qui éclatent sans raison, une lymphangite, etc.
  • Une fragilité extrême (avant, j’étais une machine de guerre maintenant, comme un bébé, j’ai besoin que l’on s’occupe de moi)

Ma personnalité est restée la même, par contre, tout est poussé à l’extrême, renforcé (de gentille, je suis devenue bienveillante, quand quelque chose ne m’intéresse pas, je zappe, je reste encore très et trop entière, je dis ce que je pense et peux monter dans les tours immédiatement, j’en ai conscience et j’y travaille. J’apprends à mieux me connaître.

Et je ferai de ce handicap, une force…

En tout cas, tout çà m’a permis de m’intéresser aux autres, de côtoyer des handicapés (3 ans passées dans des associations), de prendre du recul, de les prendre en considération avec bienveillance et respect, mêlé à une véritable tendresse, alors qu’avant, j’étais quelque part très et trop centrée sur moi, ma réussite… Maintenant ce n’est plus du tout mon objectif.

Mon objectif est de rendre mes enfants heureux, d’accompagner et participer au bonheur de ceux (des autres aussi, bien sûr) qui ont été là pour moi dans les moments « hard » et … à terme, parfaire mon bonheur en le partageant avec un homme.


Commentaire

Episode 8 — 10 commentaires

  1. Actuellement comment vas tu ? Tu devrais écrire un bouquin … D’avance merci de donner de tes nouvelles , ta vie n’est pas du tout un long fleuve tranquille… Bises. Francoise

  2. Bonjour Emmanuelle,
    Ton vécu est impressionnant de courage, de volonté et de tenacité. Une leçon de vie pour tous. Elle ne savait pas que c’etait impossible, alors elle la fait.
    Encore une preuve que bien souvent l’impossible et la solution cohabitent dans notre tête.
    Merci pour ce partage.

    Luc JEAN-CHARLES

  3. Tu forces l’admiration. Chapeau bas. Quelle énergie, courage, grain de folie,persévérance, audace, optimisme,combativité, gaieté, chaleur, fulgurance….petit clin d’œil et merci à “toutes ces parties”( private joke de pnliste) que tu as réussies à réconcilier, grace aux ressources extraordinaires de ton inconscient conscient:)))))))
    BRAVA la Miss, et ravie de t’avoir rencontrée.
    À très bientôt , je crois.
    Rose

  4. Bravo Emmanuelle !
    Vous avez une volonté de fer et vous êtes une vraie championne.
    Vous avez été portée par l’amour de vos proches et votre parcours est impressionnant .Merci Emmanuelle pour ce touchant témoignage et le meilleur reste à venir …..

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